Les hébergeurs solidaires de Mayenne se sont réunis pour faire face à un problème précis : le fait que des mineurs isolés dorment chaque jour dans la rue, à Laval, si nous ne faisons rien. Ces jeunes se sont présentés comme ayant moins de dix-huit ans, ils ont été accueillis par l'Aide Sociale à l'Enfance, mais leur minorité a été contestée. De ce fait, ils ont été privés de cette protection. La procédure veut qu'ils fassent un recours auprès d'un tribunal, qui décide pour certains de les confier à nouveau à l'Aide Sociale à l'Enfance, le temps d'examens complémentaires, et pour d'autres leur refuse cet accueil. En attendant, malgré l'aide efficace du Réseau Education sans Frontières pour le suivi de leur dossier, ils sont à la rue. Le jour, ils sont accueillis à La Porte Ouverte, comme tous les sans domiciles qui le souhaitent. Et la nuit ? Parmi ces jeunes, il y a peut-être des majeurs, mais il y a très certainement des mineurs et, quoi qu'il en soit, ce sont des adolescents désemparés qu'on laisse à la rue. Ils peuvent bien sûr téléphoner au 115, ils le font chaque matin et doivent rappeler plusieurs fois de suite dans la journée. Mais le 115 est débordé, vient le soir : ils n'ont plus que la rue pour dormir. Malgré la qualité des professionnels de l'Aide Sociale à l'Enfance, leur générosité accablée, cette institution départementale n'est pas en mesure d'assurer pleinement son rôle. Laisseriez-vous votre enfant mineur dormir dans la rue, non bien sûr, vous ne le pourriez pas !

  Nous avons tous un peu notre idée sur la situation. Et nous avons certainement, entre nous, des idées différentes. Mais il vient un moment où l'on doit couper court aux discussions - et faire ce qu'il faut. Vous connaissez cette histoire du colibri, venue de Sud-Amérique, que raconte si bien Susana Azquinezer et dont Pierre Rabhi a fait le symbole de son mouvement pour la sauvegarde de la Terre. Un incendie ravage la savane et tous les animaux fuient le fléau. Mais le tout petit colibri, lui, prend dans son bec une goutte d'eau, qu'il va déverser sur les flammes. Il s'épuise mais il vole, encore et encore. On se moque de lui : à quoi ça sert ? C'est inutile ! Mais l'oiseau minuscule répond tranquillement : "Je le sais bien, à moi seul c'est inutile. Mais je fais ma part".

  Des jeunes partiront, d'autres viendront. Jusqu'à quand ? Nous ne le savons pas. Tant que l'Etat et le Département ne prendront pas la mesure de ce qu'ils doivent, il nous faudra les accueillir. Nous épuiserons-nous ? Si nous ne sommes pas plus nombreux, c'est probable. Mais nous y parviendrons si vous pouvez nous rejoindre : accueillir une fois ou deux, de temps en temps, sans bouleverser vos habitudes. Si nous sommes nombreux, c'est possible !